Alphabet lève 25 Md$ d'obligations, carnet à 115 Md$ pour l'IA
TL;DR
- Alphabet place jusqu'à 25 Md$ d'obligations investment-grade sur près de dix tranches, avec des maturités allant de deux à quarante ans.
- Le carnet d'ordres a culminé autour de 115 Md$, derrière uniquement le record d'Oracle (129 Md$) et celui d'Amazon (environ 126 Md$) sur 2026.
- Alphabet a publié son premier free cash flow trimestriel négatif (-5,9 Md$ au T2) et relevé pour la seconde fois son enveloppe de capex 2026, désormais à 190-205 Md$.
L'opération, telle que la rapporte Bloomberg, a un côté vertigineux : jusqu'à 25 milliards de dollars d'obligations d'entreprise, réparties sur près de dix tranches selon un dépôt réglementaire, avec des maturités allant de deux à quarante ans, et un carnet d'ordres qui aurait culminé autour de 115 milliards de dollars. Cela représente plus de quatre fois la taille visée, et se place derrière uniquement le record de 129 Md$ de demande décrochée par Oracle en février et les quelque 126 Md$ d'ordres obtenus par Amazon en mars sur le crédit hyperscaler cette année.
Ce qui rend l'émission intéressante, ce n'est pas tant la taille brute que le contexte financier dans lequel elle arrive. Alphabet vient de publier son tout premier free cash flow trimestriel négatif, à environ -5,9 Md$ au deuxième trimestre, contre près de +25 Md$ un an plus tôt sur la même période. Le groupe a également relevé pour la deuxième fois de l'année son enveloppe de capex 2026, désormais dans une fourchette de 190 à 205 milliards de dollars. Autrement dit, la trésorerie opérationnelle ne suit plus le rythme de la construction de data centers et des achats d'accélérateurs, et il faut aller chercher la différence sur le marché de la dette.
Qu'un tel carnet ait été sursouscrit dans ces proportions dit quelque chose sur l'état du crédit corporate américain : les investisseurs institutionnels restent prêts à prêter très long à un émetteur AAA sur le thème IA, même face à un free cash flow qui vient de basculer. Pour Alphabet, verrouiller des maturités à quarante ans à ce stade du cycle est une couverture propre si la Fed cesse d'assouplir.
La lecture honnête impose deux réserves. D'abord, le reporting confirmé porte sur la structure et le carnet, pas encore sur les coupons finaux ni sur la ventilation exacte entre financement de nouveaux investissements, refinancement et usages généraux. Ensuite, la même dépêche note que les inquiétudes montent sur des retards autour du prochain modèle IA phare du groupe : si la monétisation traîne pendant que le capex accélère, la trajectoire de FCF négatif ne sera pas un accident isolé.
L'angle à retenir pour le reste du secteur, c'est le canal de financement. Les hyperscalers Amazon, Alphabet, Meta et Oracle ont émis environ 194 milliards de dollars d'obligations depuis le début 2026 jusqu'au 7 juillet, en hausse de 79 % sur un an, et la dépense IA de Big Tech est attendue au-dessus de 730 Md$ cette année. Le marché de la dette américaine est en train de devenir l'infrastructure de financement discrète de la course à l'IA, et Alphabet vient d'y planter un piquet très visible.
Article original publié par bloomberg.com
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