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Polymarket vs Kalshi: dossier «copycat» et soupçons d'espionnage

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TL;DR

  • Polymarket tient un dossier interne baptisé «copycat» recensant des lancements Kalshi jugés trop proches, dont un pop-up grocery à Manhattan doublé neuf jours plus tôt.
  • Kalshi capterait environ 91% du marché prédictif régulé américain selon Bank of America, Polymarket restant deuxième malgré un modèle offshore non disponible aux consommateurs US.
  • Paradigm, backer de Kalshi, loue des bureaux SoHo face à Polymarket qui a fait teinter des fenêtres; Kalshi qualifie l'histoire de «sad and borderline delusional».

Deux fondateurs de vingt-et-quelques années, tous deux devenus milliardaires sur le même segment, se livrent une guerre de tranchées que le New York Times a documentée en détail. D'un côté Shayne Coplan, patron de Polymarket, qui opère largement offshore et n'est techniquement pas accessible aux consommateurs américains. De l'autre Tarek Mansour, 29 ans, diplômé du MIT et ancien de Goldman Sachs et Citadel, à la tête de Kalshi, plateforme régulée par la CFTC aux États-Unis. Selon les analystes de Bank of America relayés dans la presse, Kalshi capterait environ 91% du marché prédictif régulé américain, Polymarket restant deuxième devant Underdog.

Le cœur du dossier, c'est un fichier interne baptisé «copycat» que Polymarket tient à jour, avec captures d'écran de publicités, designs produits et annonces jugées trop proches. La responsable marketing y résume la ligne de la maison: «There have been too many coincidences.» Deux exemples cités: un lancement de perpetual futures («perps») prévu par Polymarket le 21 avril, dont le plan de Kalshi aurait été révélé par The Information une heure avant l'annonce; et un pop-up grocery store à Manhattan calé au 12 février, doublé par un coup médiatique gratuit de Kalshi neuf jours plus tôt. À cela s'ajoute une suspicion plus lourde: Paradigm, fonds qui soutient Kalshi, loue des bureaux à SoHo directement en face du siège de Polymarket, avec vue sur certains postes de travail. Polymarket a fait teinter des fenêtres au printemps.

Les intéressés démentent avec vigueur. Jack Such, porte-parole de Kalshi, a qualifié l'histoire de «sad and borderline delusional» et affirmé que le produit perps était en chantier depuis 2024; Paradigm a jugé les soupçons de surveillance «laughable». Aucune preuve publique n'a été produite à ce stade. Mansour, dans un podcast en décembre repris par NPR, a comparé sa rivalité avec Coplan au duel Tom Brady contre Eli Manning: une émulation qui pousse à s'élever.

Ce qui rend l'histoire pertinente au-delà du fait divers de la Silicon Alley, c'est le contexte. Les marchés prédictifs sont l'un des rares terrains où le trading grand public rencontre des flux d'événements en temps réel, un usage qui s'aligne bien avec des modèles IA capables d'agréger des signaux. Une prise de 91% du marché régulé américain, plus l'enquête ouverte par le président de la commission Oversight de la Chambre, James Comer, signifient que le vainqueur de ce bras de fer risque de fixer les règles pour toute la catégorie. Les deux camps ont d'ailleurs déjà déposé chacun un trademark concurrent sur «the world's largest prediction market».

Le bémol honnête: aucun des faits d'espionnage n'est étayé publiquement, et les deux entreprises ont refusé de commenter la plupart des reportages cités. Ce que le reportage ne dit pas, c'est le volume de trading réellement perdu sur les lancements «doublés», ni ce que la CFTC ou l'USPTO feront concrètement des trademarks et de l'enquête parlementaire. Le pari raisonnable pour un opérateur ou un investisseur qui regarde le secteur: ne pas trancher sur qui triche, mais mesurer combien le duel accélère la roadmap produit des deux côtés. Historiquement, ce sont les utilisateurs qui bénéficient de ces bagarres, avant que le régulateur ne referme la porte.