AWS et Azure ciblés par la Commission comme gatekeepers DMA
TL;DR
- La Commission juge à titre préliminaire qu'AWS et Azure doivent être désignés contrôleurs d'accès sous le DMA.
- La désignation s'applique malgré le non-respect des seuils quantitatifs habituels du règlement.
- En cas de désignation finale, les deux services devront assurer portabilité des données et interopérabilité, sous peine d'amendes jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial.
La Commission européenne vient d'appliquer le Digital Markets Act d'une façon que peu anticipaient : en ciblant AWS et Azure comme contrôleurs d'accès potentiels, malgré le fait que les deux services ne remplissent pas les seuils quantitatifs habituels du règlement. Dans sa position préliminaire du 25 juin 2026, la Commission a retenu une voie qualitative, estimant que ces plateformes constituent une porte d'accès essentielle entre les entreprises et leurs clients dans l'Union, ce qui suffit à déclencher la procédure de désignation.
La vice-présidente exécutive Henna Virkkunen a résumé la logique de l'exécutif : « Les services cloud sont devenus un pilier de l'économie européenne, prérequis pour l'IA, avec désormais plus de la moitié des entreprises de l'UE qui en dépendent. » Sa collègue Teresa Ribera a ajouté que « ces services ne feront que croître en importance », rendant nécessaire un marché « bien fonctionnel et concurrentiel ». Ce double cadrage économie-IA indique que Bruxelles positionne la réglementation du cloud comme un chantier stratégique à long terme, pas seulement commercial.
Si la désignation est confirmée, AWS et Azure devront fournir interopérabilité et portabilité des données à titre gratuit, permettant aux clients de migrer vers d'autres prestataires sans obstacle technique. Des règles interdisant l'auto-préférence de leurs propres outils d'IA et bases de données s'appliqueraient également. Le non-respect exposerait les deux groupes à des amendes allant jusqu'à 10 % de leur chiffre d'affaires mondial, portées à 20 % en cas de récidive.
Ce que la Commission ne détaille pas encore : comment l'interopérabilité sera définie concrètement pour des architectures aussi complexes, et si les deux entreprises choisiront de contester la désignation par voie judiciaire. Amazon et Microsoft conservent le droit de répondre aux conclusions préliminaires avant toute décision finale, attendue d'ici la fin 2026. Ce que les sources officielles ne précisent pas non plus, c'est si Google Cloud, déjà désigné gatekeeper pour d'autres services, fera l'objet d'une procédure similaire pour ses activités cloud.
Pour les entreprises européennes aujourd'hui dépendantes d'un seul hyperscaler, la perspective d'une portabilité gratuite représente un levier concret. La décision finale reste cependant à plusieurs mois, et les deux groupes disposeront d'une fenêtre pour peser sur la définition exacte des obligations.
Article original publié par digital-strategy.ec.europa.eu
Lire l'article original →Titre original : L'UE désigne AWS et Azure comme gatekeepers sous le DMA : obligations d'interopérabilité et de portabilité pour les deux plus grands clouds européens