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Big Tech: la dette IA dépasse les banques dans le crédit US

TL;DR

  • Les six plus grands groupes tech pèsent 8,6% du DTS de l'indice investment-grade US, contre 7,3% pour les six plus grandes banques.
  • Alphabet, Meta, Amazon et Oracle ont émis plus de 300 milliards de dollars d'obligations depuis début 2025 pour financer l'infrastructure IA.
  • BlackRock lance une émission de 12,3 milliards pour un data center Meta au Texas, avec un rendement discuté au-dessus de 7%.

Une bascule discrète du marché du crédit américain, notée par Bloomberg dans sa Credit Weekly du 25 juillet: la dette émise par les six plus grands groupes technologiques pèse désormais 8,6% du DTS (duration times spread) de l'indice investment-grade américain, contre 7,3% pour les six plus grandes banques. Autrement dit, l'exposition marginale d'un gérant obligataire high-grade dépend plus des plans data centers de la Silicon Valley que du bilan de Wall Street.

Le rythme d'émission explique le glissement. Depuis début 2025, Alphabet, Meta, Amazon et Oracle ont à eux seuls placé plus de 300 milliards de dollars d'obligations pour financer l'infrastructure IA. Alphabet vient de relever sa fourchette de capex 2026 à 195-205 milliards de dollars (contre 180-190 auparavant), et le groupe a levé récemment environ 100 milliards de dette, en complément d'une augmentation de capital de 84,75 milliards en juin dédiée à l'infrastructure IA.

L'opération qui doit sortir la semaine prochaine illustre l'ambivalence des investisseurs. BlackRock, via une entité ad hoc baptisée Sopaipilla Investor, commercialise 12,3 milliards de dollars d'obligations notées A+ à échéance 2048 pour financer un data center Meta de près d'un gigawatt à El Paso, au Texas. Les discussions préliminaires évoquent un rendement supérieur à 7%, soit environ 0,4 point de plus que ce que Meta avait obtenu en octobre sur son deal record Hyperion à 27 milliards. Signal complémentaire, Amazon a dû concéder 18 à 21 points de base de rendement supplémentaire sur la partie longue de sa récente émission de 25 milliards.

La prudence à garder en tête, c'est que la note de Bloomberg mesure une exposition marché et non une probabilité de défaut: les hyperscalers restent notés très haut et génèrent des cash-flows massifs. Ce que le reporting ne détaille pas, c'est la ventilation précise entre émetteurs, ni combien de temps les véhicules type Sopaipilla continueront à sortir ces expositions data centers du bilan des maisons-mères.

Ce qui bouge concrètement pour un DAF ou un allocataire d'actifs: la corrélation entre l'obligataire US investment-grade et la thèse IA devient structurante. Un retournement de narratif sur les retours de l'IA ne serait plus contenu au seul segment equity, et le premier indicateur à surveiller est la prime de rendement exigée sur chaque nouvelle tranche.