Indonésie: le ban des réseaux sociaux aux moins de 16 ans dérape
TL;DR
- Depuis le 28 mars 2026, l'Indonésie interdit YouTube, TikTok, Facebook, Instagram, Threads, X, Bigo Live et Roblox aux moins de 16 ans.
- La ministre Meutya Hafid affirme qu'il n'y aura "aucun compromis", mais l'application reste inégale selon Nikkei Asia.
- TikTok aurait désactivé 1,7 million de comptes pour se conformer, alors que la règle vise environ 70 millions d'enfants.
Trois mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction indonésienne des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, le décalage entre la règle et la réalité des salons familiaux commence à sauter aux yeux. Dans un reportage de Nikkei Asia signé Marcel Thee, Andreas Humala, enseignant en multimédia à la London School of Public Relations de Jakarta, raconte avoir surpris deux de ses trois enfants en train de discuter des candidats à la vice-présidence de l'élection indonésienne de 2024. Il avait supposé que l'information venait de l'école. Elle venait de YouTube.
Le dispositif, lui, est spectaculaire sur le papier. Depuis le 28 mars 2026, YouTube, TikTok, Facebook, Instagram, Threads, X, Bigo Live et Roblox ne sont en principe plus accessibles aux moins de 16 ans, dans un pays qui compte environ 70 millions d'enfants pour 280 millions d'habitants. La ministre de la Communication et des Affaires numériques Meutya Hafid a prévenu qu'il n'y aurait "no compromise on compliance" et que "every business entity operating in Indonesia is required to comply with Indonesian law". L'Indonésie est devenue à cette occasion le premier pays d'Asie du Sud-Est à imiter la restriction australienne.
Dans la pratique, l'application est plus poreuse. Nikkei décrit un déploiement patchy, avec des plateformes qui traînent des pieds et des adolescents qui continuent d'accéder aux services comme avant. Un signal quand même du côté des acteurs : TikTok aurait désactivé 1,7 million de comptes pour se conformer, chiffre repris dans la couverture Nikkei du secteur. Mais côté familles, l'article ne montre pas un ralliement moral à la règle, plutôt un arbitrage pragmatique où la vidéo en ligne fait partie de la façon dont les enfants apprennent et explorent leurs centres d'intérêt.
Ce qu'il faut prendre avec prudence, c'est l'idée qu'on saurait déjà mesurer l'effet du ban. Le reportage repose sur des scènes de famille et une poignée de portraits, pas sur des données officielles de conformité, et il n'entre pas dans le détail des sanctions concrètes que risquent les plateformes récalcitrantes. Les mécanismes de vérification d'âge, eux non plus, ne sont pas décrits.
Ce qui rend le cas indonésien intéressant à suivre, au-delà de Jakarta, c'est qu'il sert de laboratoire aux gouvernements qui recopient le modèle australien. Si la règle s'installe malgré tout, la fenêtre s'ouvre pour les outils de vérification d'âge et les plateformes éducatives dédiées aux enfants. Si elle s'effrite, ce sont les bans par âge en général qui perdront en crédibilité politique.
Article original publié par asia.nikkei.com
Lire l'article original →Titre original : Nikkei : l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans en Indonésie déjà contournée, familles et plateformes ignorent la règle