KJR: 50 comptes tests dévoilent la faille du ban ados australien
TL;DR
- La firme de test KJR a créé 50 comptes tests sur neuf des dix plateformes visées et n'a jamais été invitée à prouver l'âge des utilisateurs.
- Seule Kick, plateforme de livestream australienne, a refusé la création d'un compte sans vérification d'âge, selon l'étude relayée par Reuters.
- Canberra double le plafond des amendes, de 49,5 à 99 millions de dollars australiens, et renforce les pouvoirs d'enquête de l'eSafety Commissioner.
Le premier bilan sérieux de l'interdiction australienne des réseaux sociaux aux moins de 16 ans est tombé, et il n'est pas flatteur. Selon Reuters, la firme de test KJR a créé 50 comptes tests répartis sur neuf des dix plateformes visées par la loi entrée en vigueur en décembre, chacun déclarant l'âge minimum autorisé de 16 ans. Aucun n'a été prié de fournir une preuve ou de compléter une mesure d'assurance d'âge.
En clair, sur Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube, la loi repose de fait sur ce que déclare l'utilisateur. Andrew Hammond, directeur de KJR, résume la chose auprès de SBS News: pas une seule fois, dit-il, les testeurs n'ont été invités à vérifier leur âge ou à utiliser une mesure d'assurance d'âge. La seule exception est Kick, plateforme australienne de livestream, qui a refusé de créer un compte sans preuve d'âge. Les auteurs signalent aussi que certains faux comptes ont reçu des publicités pour des produits bancaires destinés aux jeunes, indice que la tranche d'âge avait bel et bien été enregistrée, et qu'un compte ouvert sur X en se déclarant à 16 ans a été exposé à du contenu pornographique.
L'enjeu pour Canberra dépasse le cas d'espèce. Le gouvernement a annoncé le doublement du plafond de sanction, de 49,5 à 99 millions de dollars australiens, et étoffe les pouvoirs d'enquête de l'eSafety Commissioner, qui peut désormais contraindre les plateformes à documenter leurs mesures. La ministre des Communications Anika Wells estime que les acteurs restent en dessous des attentes. Le régulateur enquête déjà sur d'éventuels manquements de Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube, et le gouvernement affirme avoir bloqué plus de cinq millions de comptes détenus par des moins de 16 ans.
La réserve honnête tient à ce que le rapport ne dit pas. On ignore combien de ces cinq millions de comptes ont été recréés ailleurs, et sur quelle base technique le régulateur jugera qu'une plateforme a pris des mesures raisonnables. La loi mentionne le scan facial ou la pièce d'identité, sans trancher la méthode.
Ce qu'il faut retenir, c'est que le premier laboratoire mondial d'un ban aux mineurs vient de valider deux hypothèses en même temps: la volonté politique est réelle, et l'outillage technique disponible ne suffit pas. Les plateformes qui parient encore sur l'auto-déclaration ont désormais une amende doublée en face, et celles qui investiront tôt dans une vérification d'âge crédible auront pris de l'avance sur le prochain palier réglementaire.
Article original publié par reuters.com
Lire l'article original →Titre original : L'interdiction australienne des réseaux sociaux aux moins de 16 ans achoppe dès la vérification d'âge