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L'UE affaiblit ses règles data centers sous pression Big Tech

TL;DR

  • La Commission européenne rédige un acte délégué encadrant la notation de durabilité des data centers au titre de l'article 12 de la directive efficacité énergétique.
  • Microsoft et le lobby DigitalEurope ont proposé des amendements étendant le secret d'affaires à toutes les données par site, quasi intégralement repris par la Commission.
  • Les data centers destinés à l'IA s'appuient de plus en plus sur des générateurs à gaz sur site, dans un secteur dont la consommation électrique croît d'environ 15% par an selon l'AIE.

Ce qui se joue à Bruxelles sur les data centers en dit long sur la façon dont l'Europe arbitre entre ses ambitions climat et le rythme de la course à l'IA. Le Financial Times rapporte que la Commission européenne travaille à des ajustements de son encadrement environnemental des data centers, dans un contexte de lobbying nourri des groupes tech pour accélérer les mises en service en Europe.

Le contexte réglementaire aide à lire l'affaire. Depuis 2024, la Commission rédige un acte délégué destiné à mettre en oeuvre l'article 12 de la directive sur l'efficacité énergétique, qui doit fixer un schéma commun de notation de la durabilité des data centers. Une enquête publiée par Corporate Europe Observatory et AlgorithmWatch a montré que Microsoft et le lobby DigitalEurope ont soumis à la Commission des amendements quasi-identiques élargissant la portée du secret d'affaires à l'ensemble des données par site, et que ces amendements se retrouvent presque mot pour mot dans le texte, notamment au considérant 12 et à l'article 5.5.

Sur le fond industriel, la tension vient de ce que les data centers dédiés à l'IA sont de plus en plus alimentés par des générateurs à gaz installés sur site, faute de raccordements réseau assez rapides. L'AIE anticipe une croissance de la consommation électrique des data centers de l'ordre de 15% par an, plus de quatre fois plus vite que le reste des usages. Le schéma de notation, articulé autour des classes PUE (efficacité électrique) et WUE (usage de l'eau), doit précisément servir de socle à l'objectif européen de data centers climatiquement neutres d'ici 2030.

Le caveat honnête, c'est que le détail exact des concessions envisagées cette fois-ci — en particulier ce que la Commission serait prête à lâcher sur les critères d'impact climat des sites au gaz — n'est pas visible dans les sources publiques ouvertes que j'ai pu vérifier ce tour-ci. Le texte reste au stade de la négociation d'acte délégué, et une partie substantielle de l'information sur l'empreinte site par site est déjà couverte par la clause de confidentialité insérée en 2024.

Ce qu'il faudra regarder de près, c'est la version finale : si elle recycle une nouvelle fois la rédaction des acteurs qu'elle est censée réguler, l'Europe perdra le principal levier qui la distinguait des États-Unis sur la comptabilité carbone du numérique, au pire moment. Les régulateurs nationaux et les députés européens ont, eux, encore la fenêtre pour imposer un plancher plus exigeant.