Pékin retire l'objectif chiffré d'emplois urbains face à l'IA
TL;DR
- Pour la première fois depuis les années 1990, la Chine renonce à fixer un objectif chiffré de création d'emplois urbains dans son plan quinquennal 2026-2030.
- Le ministère des Ressources humaines vise plutôt un maintien du taux de chômage urbain enquêté sous 5,5 % et l'assistance à 25 millions de travailleurs.
- Le plan promet un système d'enquête pour suivre en continu comment l'IA crée et remplace des emplois sur les cinq prochaines années.
Un plan quinquennal chinois sans chiffre d'emplois urbains: c'est le détail du texte publié cette semaine par le ministère des Ressources humaines et de la Sécurité sociale, et il en dit long. Selon Bloomberg, c'est la première fois depuis au moins les années 1990 qu'un objectif chiffré de création d'emplois urbains est absent du plan de moyen terme du pays. À la place, le document promet une "considerable scale" d'emplois urbains sur la période 2026-2030, avec des cibles annuelles fixées de façon flexible selon les conditions de chaque année.
Ce que le plan garde comme repères chiffrés reste défensif. Pékin vise un taux de chômage urbain enquêté maintenu sous 5,5 % sur les cinq prochaines années, un taux de couverture de l'assurance vieillesse de base au-dessus de 95 %, et fixe des cibles de réinsertion pour 25 millions de travailleurs urbains sans emploi et 6,5 millions de personnes en difficulté d'insertion. Autrement dit, le gouvernement continue de s'engager sur un plancher social, mais refuse d'écrire un objectif de création nette, la variable qu'il tenait pourtant pour acquise depuis trois décennies.
L'explication tient dans une phrase du plan reprise par Bloomberg: l'État va "comprehensively address the impact of changes in the external environment and the development of new technologies such as artificial intelligence on employment". Concrètement, la Chine annonce l'étude d'un système d'enquête dédié aux effets de l'IA sur l'emploi, avec pour mission de suivre en continu comment la technologie crée et remplace des postes sur les cinq prochaines années. Un pays qui met en place un observatoire officiel de la destruction d'emplois par l'IA envoie un message clair aux entreprises et à ses propres cadres locaux: la trajectoire n'est plus modélisable à cinq ans.
Le caveat honnête, c'est ce que le texte ne dit pas. Il ne précise aucun seuil déclencheur pour rétablir un objectif chiffré, ne détaille pas la méthodologie du futur système de suivi, et ne nomme ni secteur ni entreprise particulière. Il ne quantifie pas non plus l'exposition attendue de la main-d'œuvre chinoise à l'IA. À prendre donc comme un signal de posture plus que comme une politique opérationnelle.
L'ouverture est du côté de qui construit le pilotage. Les acteurs positionnés sur la reconversion massive, sur les outils de mesure de l'impact IA sur l'emploi et sur l'analytique du marché du travail ont, pendant la durée du 15e plan, un cahier des charges public à remplir. Les groupes chinois du numérique, eux, obtiennent le signal implicite que Pékin observera l'IA sur l'emploi avant de la freiner.
Article original publié par bloomberg.com
Lire l'article original →Titre original : Pékin abandonne l'objectif chiffré de création d'emplois urbains dans son plan quinquennal, une première depuis les années 1990 alors que l'IA bouleverse le marché du travail