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Anthropic et DeepMind s'arrachent les diplômés de philosophie

TL;DR

  • Selon le NYT, DeepMind et Anthropic emploient chacun au moins une demi-douzaine de philosophes en interne.
  • David Chalmers estime que la demande pour des philosophes formés à l'IA dépasse déjà l'offre.
  • Les données de la Fed de New York donnent 3,2 % de chômage aux diplômés de philosophie, contre 6,1 % en informatique.

Un placement affectif, sûrement pas économique : voilà comment on a longtemps décrit les études de philosophie. Ce week-end, le New York Times publie un long papier de Benjamin Wallace qui vient bousculer ce lieu commun, et le sujet mérite un moment d'arrêt.

Le reportage suit une petite cohorte — Robert Long, Geoff Keeling, Iason Gabriel, Patrick Butlin, Amanda Askell — que les grands laboratoires d'IA se disputent pour arbitrer les questions d'épistémologie, de conscience et d'éthique posées par leurs modèles. Le portrait d'ouverture est celui de Robert Long, un philosophe qui, enfant en Géorgie, doutait de son propre libre arbitre avant l'âge de dix ans. Amanda Askell, elle, a fait évoluer la « constitution » de Claude d'une approche par principes vers une éthique des vertus d'inspiration aristotélicienne chez Anthropic. Iason Gabriel, formé à Oxford, pilote l'effort de moralité de l'IA chez Google DeepMind. Selon le NYT, DeepMind et Anthropic emploient chacun au moins une demi-douzaine de philosophes.

La citation qui restera vient de David Chalmers : « la demande pour des philosophes formés à l'IA dépasse plutôt l'offre en ce moment. C'est un domaine que j'encourage les étudiants à explorer. » Demis Hassabis, patron de DeepMind, va plus loin dans les mêmes pages en s'interrogeant sur « où sont les grands prochains philosophes, les équivalents de Kant, Wittgenstein ou même Aristote. » Iason Gabriel résume plus prosaïquement : « quand vous regardez l'IA sérieusement, les questions philosophiques abondent, elles sont partout. »

L'angle marché du sujet vaut aussi le détour. Selon des données de la Fed de New York, largement reprises autour de ce papier (voir la synthèse de Daily Nous), les diplômés en philosophie affichent un taux de chômage de 3,2 %, contre 6,1 % pour les jeunes informaticiens et environ 5,6 % pour l'ensemble des nouveaux diplômés. Une filière longtemps moquée pour son inemployabilité se retrouve, au moins sur un segment étroit, du bon côté du marché.

Ce que le papier ne dit pas est aussi intéressant. On ne connaît pas le volume réel de postes concernés, on ignore quel poids ces philosophes ont sur les décisions techniques et les feuilles de route produit, et le soupçon d'ethics-washing que d'autres médias soulèvent reste en dehors du cadre. La tendance concerne une poignée de labos, pas un marché de masse. Reste l'image, qui a sa force propre : chez Anthropic et DeepMind, on lit désormais Mill, Kant et Aristote au même titre que du code.

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