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BRI : le boom IA financé par la dette crée un risque systémique

TL;DR

  • Les hyperscalers Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle ont émis plus de 100 milliards de dollars d'obligations en 2025.
  • La BRI identifie quatre points de pression sur la stabilité mondiale, dont l'incertitude sur la durabilité des investissements liés à l'IA.
  • Une correction financière liée à l'IA pourrait se propager plus vite que les crises bancaires précédentes, selon la BRI.

Le rapport économique annuel 2026 de la Banque des règlements internationaux (BRI), publié le 28 juin et relayé par CNBC, ne s'attaque pas à la valeur de l'IA en tant que technologie. Ce qui préoccupe l'institution bâloise, c'est la manière dont cette technologie est financée, et la visibilité que les régulateurs et investisseurs en ont.

Les hyperscalers (Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle) ont émis plus de 100 milliards de dollars d'obligations en 2025, avec des maturités majoritairement supérieures à cinq ans. Mais au-delà des obligations classiques, une part croissante de l'investissement IA transite désormais par des fonds spéculatifs, des véhicules de crédit privé et des structures hors bilan comme des SPV et des coentreprises. Ces circuits opèrent avec un niveau de supervision réglementaire bien inférieur à celui des banques traditionnelles, ce qui rend le levier réel des grandes entreprises technologiques difficile à appréhender. Pablo Hernández de Cos, directeur général de la BRI, résume le problème : "Aujourd'hui, la dette est élevée, et elle est financée par des intermédiaires financiers non bancaires."

Le rapport identifie quatre points de pression sur la stabilité mondiale : une possible réaccélération de l'inflation, des chocs d'offre persistants, des fragilités financières, et l'incertitude quant à la durabilité de l'investissement lié à l'IA. Sur ce dernier point, Zhang Tao, représentant de la BRI pour l'Asie-Pacifique, formule un avertissement précis : si les marchés devaient se corriger, l'interconnexion du système financier et l'interaction des vulnérabilités pourraient faire en sorte que la vitesse de cette correction soit bien plus rapide que lors des épisodes de crise bancaire précédents.

La BRI précise que les risques immédiats pour la stabilité financière restent modestes, et cette réserve mérite d'être prise au sérieux. Ce que le rapport ne dit pas, c'est à partir de quel niveau d'échec des gains de productivité attendus le système deviendrait réellement fragile, ni comment les régulateurs pourraient surveiller des structures conçues précisément pour échapper aux bilans. Frank Smets, directeur par intérim du département monétaire et économique de la BRI, ajoute une couche supplémentaire d'inquiétude : "le nouveau nexus fiscal-stabilité financière pourrait signifier des chutes plus fréquentes et plus marquées des valeurs des obligations souveraines."

Pour les praticiens qui suivent ce secteur, le message pratique est que les métriques bilantaires classiques risquent de sous-estimer significativement l'endettement réel des hyperscalers. Les entreprises capables de démontrer des gains de productivité concrets et mesurables auront un avantage décisif si les marchés commencent à distinguer la valeur réelle de la spéculation infrastructurelle.